L’occasion crée-t-elle le larron ?

 

L’histoire de Gygès est racontée dans le livre II dans la République de Platon. Gygès était un honnête berger qui vivait paisiblement. Par un jour d’orage, le sol se fendit et Gygès trouva un anneau d’or. Cet anneau avait comme pouvoir de rendre celui qui le portait invisible. Cette faculté de se rendre invisible le pousse lui jusque-là honnête berger à commettre des vols.

Cette histoire illustre le fait que ceux qui se conforment aux lois ne le font que par incapacité à commettre leurs forfaits en toute impunité. Gygès était apparemment un honnête homme, jamais jusque-là n’avait-il agi injustement de peur de se faire prendre. Il ne l’aurait probablement jamais fait s’il n’avait pas découvert l’anneau. Doit-on en conclure qu’un homme possédant ce fameux pouvoir deviendrait alors incapable de continuer dans le droit chemin ? Est-ce que dans certain cas, un homme ayant la capacité de se rendre invisible ne pourrait-il pas résister à en user pour faire le mal ? Autrement dit, y a-t-il en l’homme suffisamment d’altruisme et de bonté pour lui permettre de résister à la tentation de commettre des injustices en toute impunité même s’il en a la faculté ?

À en croire Platon, un homme ayant la possibilité de commettre une injustice en toute impunité la commettra. Même un honnête homme comme Gygès ne résiste pas à la tentation. Comment faire pour qu’un individu même bien qu’ayant la faculté de commettre des injustices reste dans le droit chemin ? Si personne ne respecte la justice, la société sombre dans le chaos et même celui qui aura commis une injustice pourrait à son tour en être victime. La société plongerait alors dans la violence et l’anarchie.

Dès lors, il suffirait que chacun comprenne qu’il est tant dans l’intérêt collectif que dans son propre intérêt de respecter les règles qui régissent la société. L’éducation, dont les cours de philosophie, sont un pas vers la prise de conscience de l’intérêt des règles pour tous et pour chacun.

image : Trevor Grant

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11 Commentaires sur "L’occasion crée-t-elle le larron ?"

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Benoît_P
Membre

Au début du 3ème paragraphe, vous laissez entendre que l’histoire a été inventée par Platon et qu’il y laisse transparaitre son point de vue alors qu’en réalité, le véritable conteur historique en est Glaucon. Platon est uniquement celui qui en a laissé une trace écrite et n’est pas en accord avec la morale qu’elle présente.

Martim_B
Membre

Vous avez raison. Il faut dire que dans des cas comme celui-ci, où les écrits sont en fait des récits transmis oralement au cours du temps et qui finissent par être inscrits sur papier, on a parfois du mal à se repérer et comprendre qui dit quoi.
Vous ajoutez également que Platon « n’est pas en accord avec la morale qu’elle présente ». Pouvez-vous me dire en quoi Platon est en désaccord avec cette morale et quelles sont donc ses pensées?

PROF
Admin

Merci BP pour cette mise au point très claire, et merci aussi à Inho pour la qualité de votre échange.

Martim_B
Membre

Le propre intérêt serait-il la principale raison pour laquelle l’homme respecte les règles qui régissent la loi? C’est en fait le principe de la règle d’or « Ne fais pas aux autres ce que tu n’aimerais pas qu’on te fasse » dans la Bible et le principe de pitié, que Rousseau met en avant. Tout se rapporte à la morale. Mais ces valeurs dîtes morales semblent tout simplement faire preuve d’égoïsme. Je parle d’égoïsme car dans les trois cas mentionnés, nous pouvons faire une comparaison avec un miroir: on ne fait pas quelque chose par peur que cela nous arrive à nous même. Peut-on dire que la morale a un fondement égoïste?

Alvaro_R
Membre

Je ne pense pas que vous ayez bien saisit la règle d’or. Elle ne stipule pas qu’il t’arrivera la même chose si tu le fais (à part si l’on pense que si on ne la suit pas, Dieu nous punira), elle établit juste une règle simple à suivre afin d’être juste et bon selon la religion chrétienne. Ce n’est pas la même chose que d’avoir peur des répercutions faites par la justice de l’État. La règle d’or nous permet de nous identifier aux autres afin de nous sensibiliser, même dans des situations où nous savons que la même chose ne peut nous arriver.

PROF
Admin

Merci Rokos pour cette précision très intéressante. On pourrait sans doute ajouter que la règle d’or n’est pas propre à la religion chrétienne, mais qu’elle exprime une exigence de réciprocité assez universelle, énoncée dans la plupart des civilisations. Exemples :
• zoroastrisme perse (1000 ans avant Jésus-Christ) : « Tout ce qui te répugne, ne le fais pas non plus aux autres » (Shayast-na-Shayast, 13, 29).
• Confucius : « Ne faites pas à autrui ce que vous ne voulez pas qu’on vous fasse à vous-même » (Analectes, VI, 23).

Martim_B
Membre

Je comprends très bien le message exprimé par la règle d’or. Je n’affirme pas que la règle d’or est égoïste, mais quand l’homme agit d’une certaine façon, ne le fait-il pas pour des raisons autres que simplement faire du bien ?

PROF
Admin

Oui, il est juste de dire que les motivations humaines sont variées, et peuvent bien être autres que simplement morales (agir par principe).

Alvaro_R
Membre

« Le propre intérêt serait-il la principale raison pour laquelle l’homme respecte les règles qui régissent la loi? C’est en fait le principe de la règle d’or « Ne fais pas aux autres ce que tu n’aimerais pas qu’on te fasse » dans la Bible et le principe de pitié, que Rousseau met en avant. […] Mais ces valeurs dîtes morales semblent tout simplement faire preuve d’égoïsme. »

Vous dites que vous n’affirmez pas que la règle d’or est égoïste, et pourtant c’est ce que toute personne parlant correctement français comprendrait en lisant ce que vous avez écrit. Essayez de vous exprimez plus clairement.

PROF
Admin

Bonjour Rokos,
Il me semble que votre ton est ici trop critique et cassant sans nécessité. L’auteur du billet est pourtant nuancé dans sa formulation : « ces valeurs dîtes morales semblent tout simplement faire preuve d’égoïsme ». Ne trouvez-vous pas ?
De toute façon, il est préférable de faire porter le débat sur les idées et les arguments. Ici, le débat me semble porter sur le fait de savoir si la réciprocité à l’œuvre dans le principe de la règle d’or n’est pas au fond une forme d’intérêt bien compris.

Justin_H
Membre

Billet très bien rédigé et agréable à lire. L’image associée à l’article est à mon sens à la fois attractive, comique et en accord avec la morale de cette histoire. Cependant, vos questionnements sur le sens associé à l’éthique de ce texte me semblent confus et inconvenants.

Après analyse de ce mythe, on suppose que l’homme juste aura une nature assez « puissante » pour ne pas céder à la tentation de satisfaire ses intérêts personnels, mais conservera la droiture nécessaire pour demeurer dans le bien commun. L’homme injuste aura l’intention inverse de mettre le pouvoir au service de ses intérêts personnels et il se détournera du bien commun.

La question prédominante serait alors à mon sentiment : l’homme juste fait-il le bien pour lui-même, ou le fait-il parce qu’il sait que toute action est sanctionnée ?

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