Pour ou contre l’instauration d’un service minimum en prison

Depuis près d’un mois, les gardiens de prison belges font grève.

Face à cet événement, certains défendent qu’il faudrait instaurer un service minimum en prison pour garantir les droits fondamentaux des détenus en temps de grève. Mais cela voudrait dire qu’on limiterait le droit de grève du personnel, alors que celui-ci est aussi un droit fondamental. Comment trouver un compromis ? Autrement dit, pouvons-nous hiérarchiser les droits fondamentaux des individus ? Et au nom de quoi ?

Prison d'Alcatraz
Prison d’Alcatraz
Le droit de grève fait partie des droits fondamentaux garantis par la Chartre Sociale européenne depuis 1990. C’est donc un droit que les hommes possèdent en tant que citoyens, mais aussi en tant qu’êtres humains. En effet, d’après le philosophe français Albert Camus, auteur de l’Homme révolté, l’homme se distingue de l’animal par ce droit de révolte, parce qu’il est le seul animal à ne pas se contenter d’être ce qu’il est. C’est donc un droit précieux pour la vie en société.
A l’opposé, les détenus, quelques soient leurs fautes, méritent d’avoir accès à un service minimum pour ne pas enfreindre les droits de l’homme à leur encontre : accès aux premiers soins de santé, à plusieurs repas par jour, accès aux douches, respect mutuel, etcPeut-on leur supprimer ces droits fondamentaux pour garantir ceux des gardiens ? Pouvons-nous enfreindre les droits de l’homme sous prétexte que ce ne sont « que » des prisonniers ?
Selon moi, si on supprime ces droits aux détenus, au détriment de leur humanité, alors on ne vaut pas mieux qu’eux. C’est pourquoi je pense que l’instauration d’un service minimum en prison est un bon compromis, au carrefour des droits de chacun.
Image : Prison d’Alcatraz, Pixabay.
Rating: 4.0. From 2 votes. Show votes.
Please wait...

Poster un Commentaire

8 Commentaires sur "Pour ou contre l’instauration d’un service minimum en prison"

Laisser un commentaire

Trier par:   plus récents | plus anciens | plus de votes
PROF
Admin

Bonjour Lara,
Merci pour cette prise de position et ces éléments de réflexion.
Vous suggérez donc une hiérarchie ou une priorité des droits ?

Giulio_M
Membre

Les gardiens de prison qui font grève ont le droit d’agir ainsi pour défendre leurs idées mais les détenues eux sont en prison, car ils ont été jugés d’un crime, car ils n’avaient pas le droit d’agir comme ils l’on fait et ils doivent donc être punis. Je pense q’un traitement plus dur envers les détenus ne leur feront pas de mal, car ils y repenseront à deux fois avant d’agir une autre fois contre les lois.

PROF
Admin

Giulio,
Lorsque l’on dit que les détenus « doivent » être punis, il y a deux manières de le comprendre.
1) Selon une position kantienne ou rétributiviste, on affirmer que la punition est bonne en elle-même, indépendamment de ses conséquences. Le philosophe américain Daniel Dennett l’explique très bien : https://youtu.be/4Q_mY54hjM0?t=56m00s.
2) Selon une position conséquentialiste, on affirme que la punition ne vaut pas en soi (elle est un mal), mais seulement par ses conséquences positives (Dennett défend ici la punition parce qu’elle permet de garantir les promesses, indispensables à la vie sociale). Selon cette position, la punition n’est justifiable que pour les bonnes conséquences qui en ressortent.

Le conséquentialisme nous invite à nous demander jusqu’à quel point la dureté de la punition garantit la réforme morale des détenus. Une punition trop dure ne produira-t-elle pas l’effet contraire (leur haine envers la société) ?

On peut aussi avoir une position de principe en disant qu’aucune punition ne peut nier les droits fondamentaux de l’individu, parce que ces droits sont inaliénables. C’est ici l’enjeu des droits de l’homme. C’est sans doute en ce sens que D. Dennett affirme que « our current system of punishment is obscene and should be completely reformed ».

Henry
Invité
Comme l’observe Maxime Glansdorff, il n’est guère possible d’établir une hiérarchie des valeurs qui s’appliquerait toujours et en tous lieux, voire simplement, dans un Etat donné, en toutes circonstances. Cette hiérarchie « n’est jamais qu’une hypothèse, plus ou moins née de l’imagination ou suggérée par l’expérience personnelle, mais toujours exposée à être infirmée par des expériences nouvelles ». Le débat que vous avez entamé approche, d’une façon très actuelle, cette éternelle question du conflit des valeurs. Droit de grève vs Prohibition des traitements inhumains et dégradants, Droit à l’information vs Protection de la vie privée, Transparence vs Confidence, Liberté de religion vs Emancipation de la femme, etc. Dans ce cas, je n’ai, personnellement (mais nous sommes dans un débat), pas de peine à choisir. D’un côté, il y a le respect de droits fondamentaux consacrés par des articles premiers de la CEDH : la prohibition de la torture et des traitements inhumains et dégradant. Mais aussi des principes de politique criminelle et financière. Le sens de la punition c’est l’éducation, la réinsertion. Traiter comme nous le faisons (habituellement, vu la surpopulation carcérale, mais plus encore aujourd’hui, vu la grève) les détenus, c’est en faire des révoltés, des bêtes sauvages, habitués… Read more »
PROF
Admin

Chers élèves,

Pour information, le commentaire précédent a été très aimablement proposé par M. Patrick Henry, avocat et Président de l’Ordre des barreaux francophones et germanophone de Belgique. Je le remercie vraiment beaucoup pour l’aide qu’il bien voulu apporter à notre réflexion, et pour le rappel des principes humanistes.

Maxime Glansdorff (1906-1972) fut professeur à l’Université Libre de Bruxelles et il a notamment publié Théorie générale de la valeur et ses applications en esthétique et en économie (1954).
La CEDH est la Cour Européenne des Droits de l’Homme.

trackback

[…] disponible, ont accepté d’intervenir : André Comte-Sponville (philosophe), Patrick Henry (avocat), Manuel Cervera-Marzal (spécialiste en sciences politiques), Yvon […]

wpDiscuz

En continuant à utiliser le site, vous acceptez l’utilisation des cookies. Plus d’informations

Les paramètres des cookies sur ce site sont définis sur « accepter les cookies » pour vous offrir la meilleure expérience de navigation possible. Si vous continuez à utiliser ce site sans changer vos paramètres de cookies ou si vous cliquez sur "Accepter" ci-dessous, vous consentez à cela.

Fermer