Procréer… après la mort ?

La procréation post-mortem

Premièrement, qu’est-ce que la procréation post-mortem ? 

Cette  procédure médicalement assistée, permet à une femme ayant perdu son conjoint d’avoir malgré tout un enfant biologique avec celui-ci après sa mort. Pour se faire, il existe deux moyens.

  • Le transfert des embryons, qui consiste à extraire les ovocytes de la femme, puis à les féconder in-vitro avec les spermatozoïdes de l’homme. Cependant, les embryons sont conçus avant la mort de l’homme — avec son consentement — et sont ensuite congelés. L’embryon sera ensuite réimplanté dans l’utérus de la femme pour pouvoir se développer.
  • L’insémination : la femme se fait inséminer avec les gamètes précédemment congelées de son conjoint, au moment de l’ovulation.

La procréation post-mortem n’est pas légalisée partout et notamment pas en France par exemple. En France, après la mort du mari, la femme peut décider de détruire les embryons ou les gamètes, ou d’en faire don à un autre couple.

Pourtant, cette méthode peut permettre à des veuves d’honorer un projet de famille envisagé avec leur mari, comme par exemple dans l’affaire Mariana qui a fait polémique en France. Cette jeune Espagnole est parvenue à obtenir le sperme de son mari décédé en France, pour se faire inséminer à l’étranger.

 

L’absence d’un père

Mais un enfant n’a-t-il pas besoin d’un père pour l’élever ? Une famille est-elle vraiment une famille sans la présence d’un père ?

“Encore les enfants ne restent-ils liés au père qu’aussi longtemps qu’ils ont besoin de lui pour se conserver. Sitôt que ce besoin cesse, le lien naturel se dissout.”
— Rousseau
, Du contrat social – La famille modèle de la société ?

Donc donner volontairement naissance à un enfant dont le père n’existe pas, reviendrait à négliger son besoin de se conserver grâce à un lien naturel, inné, qui existe entre eux. En effet, le père a un rôle conséquent dans l’éducation des enfants et est souvent considéré comme leur héros, cependant si cette place n’est pas occupée, cela crée un vide inévitable que l’enfant ne pourra sans doute jamais combler.

Bien sûr, de nos jour il est courant que des femmes élèvent seules leurs enfant, suite à un divorce, le décès de leur mari… Dans ce genre de cas il est évident que la femme n’a pas d’autre choix que d’élever ses enfants seule. Pourtant, être une mère célibataire n’est pas toujours facile et cette situation peut poser nombre de difficultés (financières par exemple) alors pourquoi choisir d’en devenir une, plutôt que d’envisager plus tard une meilleure solution ?

 

Une dernière chance, un souvenir

Malgré tout, la procréation post-mortem représente pour certaines femmes leur dernier espoir d’avoir un enfant biologique avec celui qu’elles ont aimé. Cependant, seulement 15% des cas sont un succès ; la spécialiste en bioéthique Carine Brochier nous informe sur le sujet en disant que : « L’échec entraîne une grande désillusion pour les femmes qui considèrent la procréation post-mortem comme leur dernière chance d’avoir un enfant biologique avec l’homme qu’elles ont aimé » (Affaire Mariana). Par conséquent, cela voudrait-il dire que ces femmes voient également la procréation post-mortem comme un moyen de prolonger le souvenir de l’être aimé ?

 

La mort et le deuil

“La vie est l’ensemble des fonctions qui résistent à la mort.”
Xavier Bichat, Recherches psychologiques sur la vie et la mort, 1800.

Un enfant, issu d’un souvenir?

La naissance de l’enfant serait donc une fonction qui résiste à la mort de l’être aimé. Serait-elle donc un prolongement de la vie de celui-ci… ? D’une part, nous pouvons comprendre que la disparition du mari est une épreuve rude pour la femme, et que par la procréation post-mortem elle pourrait raviver une partie de lui. Pourtant, la mort est une fatalité inévitable, par conséquent elle entraîne le renoncement de certaines opportunités de la vie. 

 

Pourrait-on aussi traduire cet acte comme un refus de faire son deuil ? Une protection contre le deuil ? Or le deuil est inévitable, car la mort est inévitable. Le deuil est donc naturel et incontournable chez l’être humain, qu’il soit instantané ou délayé. Alors… voudrait-on défier la nature ?

 

 

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8 Commentaires sur "Procréer… après la mort ?"

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Picard_C
Membre

Bonjour Clara,
C’est intéressant car, bien que j’ai eu du mal à chercher, dans notre code civil (au Québec) nous n’avons pas de législation précise concernant la procréation post-mortem. Les cliniques demandent l’accord du donneur de sperme de donner ses gamètes à sa femme lors de son décès.
Selon moi, ce genre de pratique ne fait que retarder le deuil comme tu le mentionnait plutôt et de plus des procédures judiciaires ont été mises en place pour déterminer la paternité d’un père décédé suite a la naissance d’un enfant 486 jours après sa mort.
Devrait-il y avoir des règles pour du moins clarifier la paternité du père défunt ?

Anthony Duchemin
Invité

Bonjour Clara.
J’ai lu ton article «Procréer…après la mort?» et l’extrait où tu parles des familles sans père a particulièrement attiré mon attention. Tu dis dans ce texte que les enfants qui n’ont pas de père ont un tel vide dans leur vie, que celui-ci ne sera surement jamais comblé. Je trouve cela intéressant et je suis d’accord avec toi car ces enfants ont effectivement un vide.
Cependant, ne penses-tu pas qu’un autre homme, par exemple un grand-père, un oncle ou même encore un ami proche de la famille, pourrait occuper une place significative voire même jouer le rôle du modèle masculin manquant pour ces enfants ?
Anthony Duchemin

Royer_C
Membre

Bonjour Clara,
J’ai apprécié de découvrir ton point de vue sur le sujet au cours de ma lecture. Je suis absolument d’accord avec toi lorsque tu dis que la création d’un enfant après la mort du père est un prolongement du deuil. C’est farfelu !

Toutefois, lorsque tu parles de l’importance de l’image paternelle au sein de la famille, tu exclus les couples lesbiens qui ont, eux, utilisé des moyens quelconques pour arriver à leur fin et créer la vie. Ces couples réussissent aussi bien que les autres malgré l’absence d’un père.

Alors, devrait-on considérer la mère comme une figure paternelle, si celle-ci est vue ainsi par l’enfant ?

Allain_Z
Membre

Bonsoir Clara,
Premierement, jai trouver ton article fort interresant! Tu dis que les femmes qui ont perdu leurs mari utilise souvent cette technique (insemination) pour combler l’absence et pour repousser leurs deuils. Je suis totallement d’accord avec cela. Aussi le fait que l’enfant grandirait avec l’absence de son père pourrait causer certain problème.
Cepandant est ce que sa serait possible que l’enfant pourrait grandir de bonne facon quand meme sans une figure masculine dans sa vie. Est-ce que certaine personne dans son entourage pourrait remplacer ce manque? Par exemple un ami proche de la famille, un oncle ou meme un professeur pourrait combler ce manque?
Zachary Allain

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